🌉 Cet article est le 4e épisode de notre série de conversations Humans of Product. Inscrivez-vous à notre newsletter pour les retrouver tous !

Dans la communauté Produit, Lucas Cerdan est connu comme le loup blanc. Après avoir travaillé quelques années à Paris, il part à San Francisco, et, de retour, entre comme premier Product Manager chez Algolia. Il co-fonde La Product Conf et les meetups LPCx, en 2016, avec Sébastien Levaillant, Hugo Geissmann et Fabrice des Mazery. Pour ce 4e épisode de notre série Humans of Product, on est revenu sur ses débuts dans le Produit, ses aller-retours aux US et la première vague de Product leaders qui émerge en France.

Tous les gens du Produit que j’interroge ont fait du Produit par hasard, alors toi, comment es-tu tombé dedans ?

On va commencer à la fin de mes études, par ce stage complètement dingue qui m’a fait découvrir le Produit. Je faisais des études d’ingénieur informatique et j’entre en stage de fin d’études chez Groupon. A l’époque, c’était une des boîtes avec la plus forte croissance mondiale. Mon maître de stage était le directeur de l’innovation, tout le temps en meetings, et je devais le rencontrer pour la 1e fois au bout de 4 jours, le jeudi. Déjà, vous imaginez l’onboarding ! Nous voilà donc à jeudi et à l’heure où je dois le voir, coup de théâtre, il s’était booké deux réunions en parallèle (en fait, trois, si on compte celle qu’il avait avec moi !). Il me dit : “bon, toi, tu assures une des réunions à ma place, et moi je vais à l’autre réunion”. J’arrive dans une salle avec six hommes en costards-cravates, VP d’une très grosse entreprise logistique dont nous tairons le nom ! Moi, j’étais en look stagiaire, à côté du CEO de Groupon et je découvre le sujet de la réunion sur place… inutile de préciser que je n’en menais pas large.

Je me suis trouvé tout de suite face à des responsabilités énormes. J’ai pris la tête de ce projet qui consistait à mettre en place tout le circuit logistique et l’intégration avec le logisticien en 6 mois. Pour te donner une idée, quand je suis arrivé, le site Groupon fonctionnait, il y avait 600 personnes dans l’entreprise mais en coulisses, c’était ultra artisanal : tous les matins arrivait un excel d’un million de lignes avec toutes les commandes réalisées en ligne la veille. Quand un marchand demandait une facture, il fallait 45 mn pour la sortir. L’horreur. Et nous avons 3 développeurs pour les 600 personnes.

Et néanmoins, la dynamique de l’entreprise était extraordinaire. Rien ne nous faisait peur. Et de fait, quand j’ai fini mon stage 6 mois après, la logistique tournait ! L’équipe avait une capacité à foncer et faire sortir de terre des produits colossaux. J’ai donc fait du Produit sans le savoir. C’est aussi là où j’ai commencé à rencontrer la communauté startup. Je travaillais avec Steve, de Qonto, par exemple, et de nombreuses personnes qui sont restées dans l’écosystème.

Ensuite, j’ai fait un an d’études à l’ESCP avec une spécialisation en entrepreneuriat car je me rendais compte qu’en école d’ingés, je n’avais pas acquis suffisamment de bases business pour comprendre la vue d’ensemble d’une entreprise.

Puis, je suis arrivé en tant que premier Product Manager chez Prestashop en 2013. On m’a donné le titre… que j’ai découvert par la même occasion ! Pour moi, faire du Produit, c’est résoudre un problème utilisateur en créant de la valeur pour mon entreprise avec une solution sous la forme : voici ce que je construis et quand je le construis. Prestashop était alors une plateforme e-commerce open source en plein essor. On est passé de 140K à 250K boutiques. J’ai appris à connaître Bruno Lévêque, le fondateur, et il m’a proposé deux ans plus tard de partir à San Francisco avec lui. L’objectif était de faire de la veille et de dénicher les nouvelles technologies qui pourraient s’appliquer à Prestashop. Je suis allé ainsi à la première conférence Mind The Product, à SF, en 2015.

Qu’as-tu retenu de tes années à San Francisco ?

Du bon et du moins bon ! S’il existe vraiment une élite à San Francisco, nous avons clairement des gens très talentueux en France, mais eux ont une vraie culture du partage, et c’est une force remarquable. J’ai pu rencontrer des personnes qui avaient 30 ans d’expérience professionnelle, simplement parce que je leur ai envoyé un mail et raconté ma vie, au culot. Il n’y a pas les mêmes barrières qu’en France. De même, la qualité des meetups était élevée. C’est ce qui m’a donné envie de créer La Product Conf en revenant, d’importer ce qui m’avait plu, ce que j’avais trouvé riche.

Lucas sur la droite, avec toute l’équipe LPC

En France, on a fait pas mal de catchup. Il y a 5 ans, nous étions sur deux planètes différentes. A Paris, il n’y avait aucun event Produit, aucune formation, aucune boîte de conseil comme Thiga ! Aujourd’hui, ici, le métier de Product Manager est beaucoup mieux compris, donc plus attirant, reconnu et attendu. C’est ce que montre l’étude sur le Product Management que nous avons publiée en début d’année.

Ce qui nous manque encore aujourd’hui, c’est du leadership, mais la première vague est en train de naître. Des seniors de Criteo, BlaBlaCar, etc sont partis créer d’autres boîtes. Et des entreprises françaises avancent très bien à l’international, comme Dataiku, Tinyclues, Peopledoc. Ca va se construire dans le temps.

Et le moins bon de SF alors ?

Je ne supportais pas la vie, les inégalités de cette ville : des SDF partout qui crèvent la dalle à côté des millionnaires, ça me répugnait. Je ne me voyais pas vivre là-bas sur le long terme.

Et côté personnel,  je vivais alors à 9000km de ma fiancée ! J’étais resté proche d’Algolia qui s’était également installé à San Francisco, et j’ai rejoint le bureau français après un an dans la vallée.

Tu es le premier Product Manager d’Algolia, comment décrirais-tu le Produit ?

Algolia est une  solution de recherche hostée pour les apps et les sites web. Quand tu vas sur des sites e-commerce, media ou SAAS, et que tu recherches un produit ou du contenu, tu utilises des services comme Algolia. Notre plus gros concurrent, c’est surtout le DIY avec des solutions open source ! (NB: si vous cherchez les pépites de ce blog, vous utiliserez Algolia !)

L’entreprise a été lancée en 2012 par Nicolas Dessaigne et Julien Lemoine qui travaillaient dans les technologies de recherche depuis des années. Le premier atout du produit, c’est la vitesse. Nous avons un moteur hyper performant, ce qui se traduit directement sur les résultats business.

J’avais découvert Algolia deux ans auparavant, j’adorais le modèle SaaS en tant que end-user (tu ne gères plus l’hébergement, les migrations etc), je comprenais sa puissance par rapport à de l’open-source. Je me retrouvais dans le produit. Je venais du e-commerce où la recherche est un composant essentiel.

Ce qui est aussi important, c’est qu’au-delà du produit, je me retrouvais dans la culture d’Algolia. Dès le début, les fondateurs ont posé nos valeurs : grit, trust, care, candor, humility. Elles se reflètent au quotidien dans les personnalités des fondateurs. Ils sont hyper accessibles, hyper simples, ont beaucoup d’empathie. Ils portent à la fois une volonté de bien faire, de créer une belle boîte, et aussi une volonté de construire une entreprise où les gens sont épanouis.

Dans la cafet d’Algolia

Les valeurs sont un élément clé dans notre processus de recrutement. On teste les candidats sur ces valeurs à travers leurs expériences avec des questions précises.

En termes de croissance, c’est une grande réussite aussi : on double notre chiffre d’affaires et nos équipes tous les ans, quand je suis arrivé, nous étions 40 et aujourd’hui, nous sommes plus de 300.

Et entre 40 et 300 personnes, comment as-tu évolué, toi ?

Algolia ne voulait pas de Product Manager ! C’était une entreprise avec une forte culture ingénieur et certains ne voyaient pas l’intérêt du poste de Product. En discutant avec eux, au début du processus, j’ai demandé à ce qu’ils m’expliquent les problématiques qu’ils cherchaient à résoudre pour leurs utilisateurs. Il se trouve qu’Algolia venait de publier une nouvelle extension Magento sur laquelle ils n’avaient pas encore eu beaucoup de retours. Je suis allé interviewer les gens en les filmant dans la rue. J’ai analysé tout ce qui ne marchait pas dans leur extension, j’ai écrit un article privé sur Medium et leur ai envoyé. Et ils m’ont pris ! Avec le titre un peu bancal de “Product UX specialist”. Un des premiers développeurs avec lequel j’ai discuté m’a dit “Tu es Product Manager, mais tu « manages » quoi ?”. J’ai dû clairement faire mes preuves et démontrer comment ce rôle apporte de la valeur ajoutée, sans rien retirer de celle des ingénieurs. Un an après, on s’est rendu compte que ça marchait et on a embauché Maxime Prades, le 1e VP Produit chez Algolia. Expatrié à San Francisco, directeur produit chez Zendesk, il nous a rejoint en 2017 pour nous aider à mettre en place l’organisation Produit actuelle, où je suis Lead PM.

Un fail qui t’a permis d’apprendre ?

On négociait avec un gros acteur qui pouvait nous fournir une donnée assez brute sur laquelle Algolia aurait pu construire un produit intéressant. Nous avons itéré sur la faisabilité et négocié pendant 9 – 10 mois. Quand il a fallu prendre la décision de signer ou non, nous avons présenté l’ensemble du projet au Comex, qui, a remis en question des fondamentaux. Des questions qui n’étaient pas liées au produit ou à la technique même, mais qui auraient dû être posées bien avant. J’en ai tiré plusieurs leçons : d’abord, il faut s’assurer du buy-in interne très en amont, ensuite il faut choisir ses combats, et enfin il faut relativiser certains sujets. Et ces deux derniers points sont difficiles quand tu es investi dans ton travail.

Quelles sont les qualités que tu recherches quand tu recrutes ?

Je peux te répondre d’expérience car on a beaucoup recruté dans l’équipe Produit, d’abord j’étais seul, puis nous sommes passés à 3 avec 2 promotions internes (un solution engineer et développeuse qui sont devenus PM). Depuis septembre dernier, nous sommes 7 et nous projetons de recruter 8 product managers en 2019.

Les qualités que je recherche : empathie, curiosité et humilité.

Pour les hardskills, nous faisons passer des tests avec des problèmes à résoudre, certains assez techniques, car autant je ne dirais pas qu’un Product Manager dans l’absolu doit être technique autant c’est parfois un prérequis chez Algolia.

Quels sont les livres que tu recommandes aux Product Managers ?

Ça va de soi mais Inspired de Marty Cagan reste incontournable, et récemment, j’ai lu Product Roadmap relaunched de Todd Lombardo et j’ai appris plein de choses : alors on l’a fait venir à La Product Conf. Allez, un peu de teasing pour La Product Conf, c’est le 6 juin prochain 😉

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