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🥁 Cet article est le 4ème épisode de notre série de conversations Humans of Responsible Product, que nous menons dans le cadre de l’écriture du Guide du Product Management responsable.

Nous interviewons des acteurs du Produit, des fondateurs, des experts, des investisseurs, issus d’entreprises à mission positive tout comme d’entreprises classiques.

Vous ne voulez rater aucune interview ? Vous pensez à quelqu’un que nous devrions interviewer ? Ou vous voulez en savoir plus sur le livre? Alors rendez-vous ici !

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Guide du Product Management Responsable


Quand l’on parle pollution de digital, on évoque souvent la consommation des datacenters ou l’obsolescence programmée de nos terminaux. On pointe du doigt tout ce qui n’est pas à à la main des Product Managers ou Designers. Pourtant, la façon dont nous concevons ces produits numériques a une empreinte sur l’environnement.

Il est rare de rencontrer quelqu’un comme Mathieu Nebra. Si j’ai eu la chance de le faire parler en keynote de fermeture de La Product Conf 2020, je suis toujours impressionné quand je vois son parcours. Qui d’autre représente à ce point le “Scratch your own itch” du Produit, lui qui a fondé le Site du Zéro à 13 ans parce qu’il n’existait aucun moyen d’apprendre à coder, hormis des livres abscons ? Et quel meilleur exemple de Tech for Good que ce que le Site du Zéro est devenu : OpenClassrooms ?

Mathieu a accepté d’être le tout premier représentant Produit à répondre à cet interview / questionnaire. Beaucoup d’autres suivront !


Salut Mathieu ! Merci de prendre le temps de partager ton expérience. Openclassrooms est l’une des entreprises à mission positive les plus connues en France, particulièrement dans le monde de la tech. Être une entreprise avec une mission positive, justement, ça change quoi au produit ?

Ça change tout ! Parce que cette mission vient tout chapeauter, et impacte autant la stratégie de l’entreprise, que le quotidien des équipes. Toutes les actions de l’entreprise doivent y contribuer, et le produit ne fait évidemment pas exception. Pour y veiller, nous nous sommes dotés d’un nouveau comité d’impact. Ça nous permet de toujours garder le cap sur « Rendre l’éducation accessible »

Evidemment, les fondateurs ont un grand rôle à jouer dans l’infusion de cette mission. Par exemple, chez OpenClassrooms, nous avons bâti un parcours de formation pour les nouveaux. Nous voulons qu’ils soient en mesure de prendre des décisions autonomes en rapport avec la mission : ce que je peux, je dois, et ce que je ne dois pas faire. C’est valable pour n’importe quel poste. C’est prégnant ; et ça permet de savoir dire oui, non, ou « je vais faire différemment ».


Tu aurais un exemple où vous avez dit non, dernièrement ?

Oui. En début d’année 2020, nous étions en discussion pour un deal avec Stanford. Nous pensions avoir été clairs avec eux : les cours devraient être accessibles à tous. Mais, dans le dernier kilomètre, on s’est aperçus qu’il y avait un “slight misunderstanding” : ils pensaient restreindre l’accès aux cours ! Nous avons eu beau négocier, ça n’a pas fonctionné.

Nous avons opté pour une approche intermédiaire qui permette de répondre aux exigences de Stanford sans transformer la plateforme en plateforme de cours privés pour l’avenir, ce qu’on ne voulait surtout pas.


Si OpenClassrooms avait un clone purement capitaliste, sans cette mission positive, penses-tu que le fonctionnement du produit serait fondamentalement différent ?

Il y aurait des différences, mais peut-être pas en surface – hormis le message autour de la mission, évidemment.. Il y a des entreprises qui nous ont copié, jusqu’aux couleurs du site ! Quand on regarde en profondeur, nous, on voit la différence, mais il faut avoir l’œil averti.

« À court-terme, ces copycats peuvent même faire plus de bruit que toi. En revanche, sur le long terme, le fait d’avoir une mission qui guide tes choix fait la différence. »

À court-terme, ces copycats peuvent même faire plus de bruit que toi. En revanche, sur le long terme, le fait d’avoir une mission qui guide tes choix fait la différence.  Et ça vaut pour l’externe comme pour l’interne. On a découvert d’ailleurs à quel point la mission était un vecteur de recrutement très fort, plus même que je ne l’imaginais. Finalement, le fait que les gens adhèrent fortement à la mission rend OpenClassrooms plus résiliente..


Je te propose de faire une sorte de “Portrait chinois” du produit OpenClassrooms, en imaginant que le produit est une personne physique.

Dirais-tu qu’il ne trompe pas l’utilisateur, qu’il ne cache rien et ne fait pas de promesse qu’il ne puisse tenir à 100 % ?

Consciemment, on n’a pas de choses sales, de cadavres dans le placard. Inconsciemment, en revanche, il y a des gens qui peuvent se trouver lésés, et qui nous disent qu’on fait de la publicité mensongère parce qu’ils n’ont pas trouvé un emploi immédiatement, par exemple.

Si je devais résumer notre histoire, je dirais : « Openclassrooms, c’est un bébé qui a bien grandi, et très vite ces derniers temps, mais qui est parfois maladroit et casse des choses, mais jamais méchamment, et qui essaie toujours d’apprendre de ses erreurs ».


Dirais-tu qu’il n’abuse pas du temps, de l’attention et des émotions de ses utilisateurs ?

Ce n’est pas le temps d’usage qui nous intéresse. Ce qui nous intéresse, c’est la mission. Si les gens y arrivent plus vite, c’est cool pour eux !

C’est l’avantage d’avoir une mission : les KPIs que l’on suit, doivent contribuer à la mission. Chez nous, on en a trois : le nombre d’emplois créés, les revenus, et la satisfaction de l’équipe. Ça équilibre, et ça évite toute divergence coupable.


Dirais-tu qu’il n’exclut personne ?

Je ne pourrais jamais dire qu’il n’exclut personne. Par exemple, nous avons des étudiants au Gabon qui ont très peu de revenus. Ils sont ravis de suivre les cours gratuits, mais ils n’ont pas les moyens de payer pour avoir le diplôme. Et clairement, s’ils pouvaient avoir un diplôme français, ils seraient encore plus heureux ! On pourrait dire qu’on les exclut de fait. 

Mais encore une fois, notre finalité c’est que ces cours gratuits, même sans le diplôme français, leur permette de trouver un emploi au Gabon.

Donc on exclut de façon très involontaire. On est en train d’établir encore plus concrètement, d’ailleurs, la volonté d’intégrer des publics qui sont encore loin de la formation. Ça fait partie de notre rapport d’impact.


Dirais-tu qu’on peut lui faire confiance côté data: qu’il n’en vole pas, ni ne viole la privacy ?

Clairement. On a encore des choses à cleaner, mais on a des actions pour tout.

Je ne pourrai jamais dire « jamais on n’aura de fuite de données », c’est impossible. Mais le produit essaie de faire de son mieux.


Dirais-tu qu’il fait attention à son impact social et sociétal, pour l’utilisateur mais aussi pour celles et ceux qui l’entourent ?

Oui, sur le social, parce que la mission et la vision, c’est l’employabilité. Et on va encore plus loin : est-ce qu’après leur job, ils sont heureux ? Et 5 ans après ? Est-ce qu’on crée les travailleurs à la chaîne de demain ? On se sent une part de responsabilité.

En termes de représentativité, on s’évertue à ce que nos professeurs soient représentatifs, au moins en termes de genre.

Et en interne, nous avons au global plus de femmes que d’hommes (55/45),  mais encore un peu trop d’hommes côté top management.

Donc on essaie de montrer la voie.


Dirais-tu qu’il respecte l’environnement ?

Si on s’arrête au produit lui-même, le côté environnemental est beaucoup moins intégré dans notre fonctionnement que la mission sociale qui est au cœur d’OpenClassrooms. Mais on commence à y réfléchir beaucoup plus. Un rapport d’impact environnemental est en train d’être créé en ce moment-même.


Si on prend l’empreinte globale du Produit (People, Planet, Profit), avez-vous mis en place des métriques pour mesurer cette empreinte et des actions pour l’améliorer ? 

Sur la partie individus, en plus de l’impact social évidemment, on mesure le temps passé sur les cours, le temps de complétion d’une formation, et l’accès à l’emploi. On cherche surtout à améliorer le dernier, et on monitore les deux premiers pour éviter de faire perdre du temps aux gens.

Sur la partie environnementale, on va commencer à mesurer, via des entreprises externes, a minima notre impact carbone.


Vous-êtes vous interrogés sur l’empreinte des services externes  permettant au produit de fonctionner, ou des outils utilisés par les équipes Produit ?

Originellement, non :  on cherchait juste les meilleurs produits et services en termes de performance. Mais un peu plus depuis la GDPR.


Quelles sont les entreprises qui vous inspirent (TechforGood ou pas) en termes de Produit (design, process de conception… ) ? 

Je fais finalement assez peu de veille produit. Je m’inspire bcp du B2C en tant qu’utilisateur : des gens qui ont réussi à rester simples. Spotify peut-être, New York Times. Chez les Français, Spendesk et Payfit.

Après, dans les mauvaises pratiques, j’essaie de ne pas m’inspirer d’UGC ou du Monde !


La dernière question est plus philosophique. Dirais-tu qu’avoir des impacts négatifs (ex : nudge, impact environnemental…) soit plus acceptable quand le but est noble ?

J’imagine que beaucoup de fondateurs et de Product pensent que leur but est noble. Instagram, Facebook ou RobinHood pensaient bien faire au départ !

Notre but noble, c’est que les gens aient un emploi. Mais il est inévitable qu’on nous dise un jour, si on devient énormes : OpenClassrooms tue les emplois de profs. Tu ne peux pas l’empêcher et dire que OpenClassrooms est infaillible. On doit avoir cette humilité, particulièrement quand on fait des erreurs. C’est illusoire de demander à une entreprise ou à un produit, d’être parfaits.

Merci Mathieu !


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